Le livre du mois : Quatuor et Car la nuit s’approche de Anna Enquist

Le livre du mois : "Quatuor" et "Car la nuit s'approche" de Anna Enquist (2014 et 2018)
Dans une ville dont la description rappelle Amsterdam, Caroline, Hugo, Heleen et Jochem ont créé un quatuor amateur. Tous quatre trouvent dans la pratique musicale un dérivatif bienvenu à une vie professionnelle ou personnelle difficile. En toile de fond, radio, télévision ou discussions dessinent une société néolibérale qui pousse à l’individualisme, qui détruit les services publics, qui sacrifie la culture et la santé sur l’autel du profit, qui est rongée par la corruption… 
À des degrés divers, tous dans leur comportement quotidien, cherchent à se maintenir à l’écart de ces dérives, à en atténuer les effets ou à minima, à ne pas les encourager. 

 

Lors d’une répétition, un événement dramatique survient, auquel chacun réagit spontanément, au mieux de ce qui lui semble l’intérêt commun. Malgré cela, faute de concertation, ces initiatives restent vaines. Cette épreuve soudaine brise de longues années d’amitié solide : le quatuor se disperse, les musiciens abandonnent leur pratique instrumentale. Blessé physiquement, traumatisé psychologiquement, chacun réagit à sa façon mais tous s’évitent, pour éviter de ranimer de mauvais souvenirs et, surtout, d’exprimer ou d’entretenir remords et rancœurs. Appelés à témoigner lors du procès jugeant leur agresseur, ils se voient contraints de subir, ensemble, une nouvelle épreuve, préalable à ce qui pourrait être une reconstruction. 
 
Dans le premier roman, Quatuor, l’environnement social et la musique sont des personnages à part entière. Dans leur vie quotidienne, les musiciens et leurs proches s’inquiètent ou subissent la violence des mesures d’économie budgétaire. Les menaces sourdes qui celles-ci font peser s’ajoutent aux difficultés passées, aux problèmes présents, au doute… et contribuent à créer une atmosphère pesante. Dans ce climat incertain, les répétitions constituent autant d’îlots de sérénité, pour les musiciens… comme pour le lecteur – lequel regrette de ne pas pouvoir en être un auditeur attentif. Ce qui pourrait être un roman social à forte composante psychologique évolue ensuite vers un thriller plus classique, au moment de l’agression dont est victime le quatuor. 
Le second roman, Car la nuit s’approche, est plus intimiste. Il suit les personnages principaux après le drame qu’ils ont vécu. 
 
Contrairement à beaucoup de « suites », conçues pour prolonger de façon artificielle un roman ou un film qui a connu le succès, le second roman apporte beaucoup, par sa grande richesse – et sa grande justesse – psychologique. Le quatuor ne se réunit plus, les musiciens, individuellement, ne pratiquent plus. Chacun réagit à la façon (dépression profonde, violente colère, déni…) mais les caractères sont parfaitement décrits, dans une écriture mêlant harmonieusement les styles directs et indirects, les dialogues et les monologues intérieurs. 

 

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