Le livre du mois : « Sous le ciel de l’Altaï » de Li JUAN

Le livre du mois : "Sous le ciel de l'Altaï" de LI Juan

Publié aux éditions Philippe Picquier – 2017

Ce recueil est une suite de nouvelles et de réflexions sur cette existence nomade et rude, aux confins de ces vastes étendues traversées de lumière et de silence, dont nous parle LI Juan, une jeune auteure chinoise installée avec les siens dans un village du Haut-Altaï. Les scènes de la vie quotidienne, les portraits et les dialogues nous captent par leur éclatante beauté, mais surtout par l’humanité dont elle est le témoin émerveillé sous le bleu de ce ciel. Comme elle le note elle-même : ce monde dépasse tout ce qu’on peut imaginer de bienveillant, de juste et de beau.

LI Juan est d’origine huan. Elle tient avec sa mère un atelier de couture à la frontière des montagnes reculées du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, où circulent éleveurs kazakhs et Ouïgours de passage. Au rythme des saisons et des transhumances, les hameaux sur la steppe sont désertés. Les bergers s’élancent avec leurs troupeaux de moutons vers les hauts pâturages, tandis que sur les plateaux les familles partagent une vie rudimentaire, ou des petits commerces ambulants. Dans un climat extrême, hiver comme été, les échanges y sont réduits à l’essentiel.

Des distances parcourues dans la solitude des paysages, à l’isolement sous la tente ou la yourte, l’auteure pose sur les lieux et les habitants un regard attentif, et aimant. Au fil des pages, les rencontres et les portraits s’animent de mille saveurs et d’humour, mais toujours avec cette indulgence qui est la sienne. Le proche et le lointain s’estompent, de ses propres mots, au profit d’une compréhension intime de cette existence simple, si ténue, et cependant profonde et paisible de la vie nomade.

Cet univers est loin du nôtre. Les coutumes locales des ethnies prennent leur source dans une nature omniprésente, selon un mode de vie ancien, traditionnel. Sous la plume de LI Juan, les scènes de cette vie pastorale inchangée sont lumineuses, pleines de surprise ; elles enrichissent notre propre univers, et nous instruisent de leur sagesse dans ce monde où la clarté s’étend à l’infini.  

Dans ces espaces où partout on perçoit l’esprit des choses passées, un souffle d’éternité, la confrontation avec le réel est servie par une écriture de tous les sens, immédiate, curieuse des êtres. Une poésie constante accompagne le mouvement, les couleurs, la forêt qui l’inspire, tout autant que les gestes humbles, les élans contrariés, les désirs de chacun.

Pour l’auteure, tout est déjà là sur ces terres qui brillent d’un éclat unique. Sans doute est -ce parce dans cette nature prenante, ceux d’ici comme elle les nomme avec affection, y déploient des trésors infinis de ressource afin de rendre leur vie plus belle. La lecture en miroir de ces courtes histoires sous ce ciel de l’Altaï emplie la nôtre de leur présence inoubliable, de gratitude et de sens.

Corinne C. 

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